L'angoisse
Avant de continuer, une autre petite mise en contexte s’impose, à propos de notre relation à Chéri et moi…
Quand nous avons réalisé, après plus de cinq ans d’amitié à distance, que nous avions des sentiments l’un pour l’autres, chéri avait vingt et un an et moi vingt-cinq. Ses responsabilités se résumaient à travailler ainsi qu’à payer ses comptes et son loyer. Il se nourrissait au restaurant et quand il ne travaillait pas, il dormait ou s’amusait à volonté. Pendant ce temps, je vivais avec Grande puce qui avait cinq ans et Moyenne puce qui n’avait pas encore un an, je travaillais de jour, de soir et de nuit, je cherchais une gardienne aux deux semaines et j’essayais d’avoir une vie sociale, de dormir six heures par nuit et de maintenir un semblant d’ordre dans une petite maison qui, malgré qu’elle tombait en morceau, me coutait vraiment trop chère. En gros, il vivait de plaisir et de liberté et je vivais… de mon mieux… J’ai cru qu’il avait perdu la tête quand il m’a annoncé qu’il voulait que notre relation soit solide, ou qu’il était aveugle et ne voyait pas dans quoi il s’embarquait, mais il semblait en être conscient et, toute amoureuse et passionnée que je suis, j’ai accepté de le croire avec plaisir car jamais au grand jamais je n’avais ressenti pour un homme ce que je ressens pour lui. Nous nous sommes ajustés avec difficultés, mais après dix mois, nous l’étions assez pour emménager ensemble. Nous avons eu de nouveaux ajustements à faire puis, comme nous commencions à être habitués et paisibles, je suis tombé enceinte… Chéri donc, est passé de tout jeune adulte insouciant à père et beau-père de trois enfants, amoureux d’une ‘’vieille peau hormonale’’, pourvoyeur principal d’une famille, tout ca en moins de deux ans… Du coup, même s’il m’assure fréquemment, sans même que j’aie à lui demander, qu’il ne regrette pas son ancienne vie, j’ai parfois peur qu’elle lui manque et qu’il ne soit plus heureux avec nous…
Voila donc qu’après avoir couté deux milles dollars, alors que je n’en rapporte presque plus, mes angoisses amoureuses me reprennent.
Moi : Tu sais que gaffes après gaffes, ca commence à couter cher à Chéri…?
MTC : Je sais, mais y’a pas juste l’argent dans la vie… Tu lui apportes pleins d’autres choses…
Moi : Oui mais tout à coup qu’il cesse de voir les autres choses à force de voir les comptes?
MTC : Ils les voient pas c’est toi qui les gères…
Moi : T’est conne, il voit certainement que son argent de poche est de plus en plus limité, et je te rappel que grâce à toi, je gère pas toujours parfaitement…
MTC : Arrête, il t’aime et c’est tout, voir qu’il va te laisser pour une question d’argent!
Moi : Juste pour l’argent non, mais y’a pas juste l’argent qu’il a en moins!
MTC : C’est toujours la même chose, s’il t’entendait il te dirait qu’il à pleins d’autres choses qui compensent pour ce qu’il a plus…
Moi : Oh… Regarde la, un accident d’auto…
MTC : Tu vois, il y a pire que de causer une inondation dans ton sous-sol, j’aurais pu causer un accident d’auto…
Moi : T’est bien partie…
MTC : Arrête… De toute façon, avec tout ce que vous avez vécu, s’il est encore là, c’est qu’il est là pour rester et qu'il t'aime malgré tout, c’est clair!
Moi : NON! Ce qui est clair justement, c'est qu'avec tout ce qu’on a vécu, les risques qu’il s’écœure augmentent à un rythme assez rapide...
MTC (chuchotant) : C’est pas parce que toi tu baisses les bras à la première épreuve que tout le monde est comme ça t’sais…
Moi : QUOI!? T’a pas vraiment dit ça là???
MTC : Certainement…
Moi : Je te ferai remarquer qu’avec lui, épreuve ou pas, je vais rester. J’aime autant les vivre avec lui que seul ou avec quelqu’un d’autre… C’est mon homme et c’est tout, tu le sais!
MTC : Je sais, je voulais juste que tu comprennes que c’est peut être la même chose pour lui…
Moi : Ben on va le savoir, on arrive…
Arrivée à la maison, je suis descendu au sous sol et je me suis effondrée… Tout le stress du déménagement, additionné à celui-ci est sorti d’un coup. J’ai carrément paniqué et j’étais bien contente que Chéri dorme au salon, j’en ai profité pour aller discrètement pleurer dans la chambre. Or, il ne dormait pas tant que ça et deux minutes plus tard, il était à mes cotés, rassurant, calme, merveilleux, drôle et, de toute évidence, encore amoureux… Maman toute croche avait raison.
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